Compte en ligne suspendu, restreint ou supprimé par une plateforme, motifs, exposé des motifs, réclamation interne, médiation, remboursement et récupération des données
Rédigé par Maxime Faure.
- Lorsqu'un professionnel suspend, restreint ou supprime votre compte en ligne, le contrat de fourniture d'un service numérique doit comporter les conditions d'interruption des services et du contrat (article L224-25-5, 4°, du Code de la consommation), la clause qui l'autorise à résilier sans préavis d'une durée raisonnable est présumée abusive (article R212-2, 4°), celle qui lui reconnaît un droit de résiliation discrétionnaire sans reconnaître le même droit au consommateur est irréfragablement présumée abusive (article R212-1, 8°), et une clause abusive est réputée non écrite (article L241-1).
- Pour un service qui stocke des informations fournies par ses utilisateurs, le règlement (UE) 2022/2065 impose un exposé des motifs clair et spécifique lorsque la suspension du service ou la suppression du compte est imposée au motif d'un contenu illicite ou d'une incompatibilité avec les conditions générales (article 17), et les plateformes en ligne qui ne sont pas exclues doivent offrir un système interne de réclamation accessible gratuitement (article 20), puis le droit de choisir un organe de règlement extrajudiciaire certifié (article 21).
- Pour un service payant, la suspension peut être analysée, à notre lecture, comme une interruption contraire à l'exigence d'un service fourni sans interruption pendant la période convenue (article L224-25-14, I, 4°), qui ouvre droit à la mise en conformité puis à la réduction du prix ou à la résolution, avec remboursement dans les quatorze jours à compter du jour où le professionnel est informé de votre décision (articles L224-25-17, L224-25-20, L224-25-22 et L224-25-23), et un médiateur de la consommation peut être saisi gratuitement après une réclamation écrite (articles L612-1 et L612-2).
Compte en ligne suspendu, restreint ou supprimé par une plateforme, de quelles situations parle-t-on ?
En bref. Une suspension bloque l'accès au compte pour un temps, une restriction retire certaines fonctions, une suppression ou une clôture met fin au compte. Trois ensembles de règles peuvent jouer, celles du contrat, celles du règlement européen sur les services numériques pour certains services, et celles de la protection des données personnelles.
Les règles du Code de la consommation sur les contenus et services numériques s'appliquent à tout contrat par lequel un professionnel fournit un contenu numérique ou un service numérique au consommateur, lorsque ce dernier s'acquitte d'un prix ou procure tout autre avantage au lieu ou en complément du paiement d'un prix (article L224-25-2, I). Certains services sont exclus de cette section, notamment les services de jeux d'argent et de hasard, les services financiers et certains services de communications électroniques (article L224-25-3, II). Sont aussi exclus, à l'exception des II et III de l'article L224-25-22, les contenus et services numériques intégrés ou interconnectés à des biens et fournis dans le cadre du contrat de vente de ces biens, qui relèvent des articles L217-1 et suivants (article L224-25-3, I), ce qui peut, à notre lecture, concerner le service attaché à un objet connecté acheté par vos soins. Un service gratuit n'est donc pas forcément hors du champ de ces règles, mais la réponse dépend de l'avantage que le consommateur procure et du contrat.
| Votre situation | Textes à lire en premier |
|---|---|
| Les conditions du service permettent de fermer votre compte sans motif ou sans préavis | Articles L224-25-5, L212-1, L241-1, R212-1 et R212-2 du Code de la consommation |
| Un service payant ou un abonnement est interrompu | Articles L224-25-14 et L224-25-17 à L224-25-23 du Code de la consommation |
| La décision vise un contenu ou un manquement aux conditions générales sur un service qui héberge vos informations | Règlement (UE) 2022/2065, articles 14, 17, 20 et 21 (services concernés selon les définitions de l'article 3) |
| Vous voulez récupérer vos données ou vos fichiers | Règlement (UE) 2016/679, articles 12, 15 et 20, et article L224-25-22 |
Cet article ne traite pas du compte d'un vendeur professionnel sur une place de marché, de la perte d'accès due à un piratage, ni du contenu lui-même qui a motivé la décision. Pour les achats faits dans un jeu ou une application, voyez notre article sur les achats intégrés et le remboursement, et pour la distinction entre vendeur tiers et plateforme celui sur la responsabilité de la place de marché.
Ce que le contrat et la loi exigent avant qu'un professionnel ne ferme votre compte
En bref. Le contrat doit indiquer les conditions d'interruption du service et du contrat. Une clause qui laisserait au professionnel un pouvoir de rupture sans préavis raisonnable ou sans réciprocité est présumée abusive, et une clause abusive est réputée non écrite.
Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits (article 1103 du Code civil), et ils doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi (article 1104). Tout contrat souscrit par un consommateur pour la fourniture de contenus numériques ou de services numériques comporte notamment la durée du contrat, les conditions de renouvellement et d'interruption des services et du contrat, et ces informations sont communiquées d'une manière claire et compréhensible, sur un support durable ou dans un document facilement téléchargeable (article L224-25-5). Le premier réflexe est donc de retrouver la version des conditions générales applicable à votre compte et de lire la clause qui traite de la suspension et de la résiliation.
Les clauses qui posent difficulté
Dans les contrats conclus entre professionnels et consommateurs, sont abusives les clauses qui ont pour objet ou pour effet de créer, au détriment du consommateur, un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties (article L212-1). Le Code de la consommation dresse en outre une liste de clauses irréfragablement présumées abusives, donc interdites, et une liste de clauses présumées abusives, sauf preuve contraire du professionnel. Voici celles qui concernent notre sujet.
- la clause qui reconnaît au professionnel le droit de résilier discrétionnairement le contrat, sans reconnaître le même droit au consommateur, est irréfragablement présumée abusive (article R212-1, 8°) ;
- la clause qui permet au professionnel de retenir les sommes versées au titre de prestations non réalisées par lui, lorsqu'il résilie lui-même discrétionnairement le contrat, est irréfragablement présumée abusive (article R212-1, 9°) ;
- la clause qui supprime ou réduit le droit à réparation du préjudice subi par le consommateur en cas de manquement du professionnel à l'une quelconque de ses obligations est irréfragablement présumée abusive (article R212-1, 6°) ;
- la clause qui reconnaît au professionnel la faculté de résilier le contrat sans préavis d'une durée raisonnable est présumée abusive, sauf preuve contraire (article R212-2, 4°) ;
- la clause qui soumet la résolution ou la résiliation à des conditions ou modalités plus rigoureuses pour le consommateur que pour le professionnel est présumée abusive, sauf preuve contraire (article R212-2, 8°).
Les clauses abusives sont réputées non écrites, et le contrat reste applicable dans ses autres dispositions s'il peut subsister sans elles (article L241-1). Ces textes ne disent pas qu'un professionnel ne peut jamais suspendre un compte. Ils visent les clauses qui lui donnent un pouvoir sans contrepartie. À notre lecture, un professionnel peut légitimement suspendre un compte sans délai lorsque la sécurité du service, la lutte contre la fraude ou une obligation légale l'exigent, et les règles présentées ici encadrent surtout la motivation de la décision, sa proportionnalité et les recours dont vous disposez, plutôt que l'existence même de ce pouvoir. Une suspension motivée par un manquement précis aux conditions du service relève d'une analyse qui dépend des faits et que le juge apprécie. Notre article sur les clauses abusives présente la méthode générale.
Le droit commun de la rupture du contrat
Lorsque le contrat est conclu pour une durée indéterminée, chaque partie peut y mettre fin à tout moment, sous réserve de respecter le délai de préavis contractuellement prévu ou, à défaut, un délai raisonnable (article 1211 du Code civil). Pour sanctionner un manquement, le créancier peut, à ses risques et périls, résoudre le contrat par notification. Sauf urgence, il doit préalablement mettre en demeure le débiteur défaillant de satisfaire à son engagement dans un délai raisonnable, cette mise en demeure mentionnant qu'à défaut le contrat pourra être résolu. Lorsque l'inexécution persiste, il notifie la résolution et les raisons qui la motivent. Le débiteur peut à tout moment saisir le juge pour contester la résolution, et le créancier doit alors prouver la gravité de l'inexécution (article 1226). Si le contrat contient une clause résolutoire, la résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, sauf convention contraire, et la mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause (article 1225). Une partie peut aussi refuser d'exécuter son obligation si l'autre n'exécute pas la sienne et si cette inexécution est suffisamment grave (article 1219).
À notre lecture, ces règles du Code civil s'appliquent aussi au professionnel qui rompt le contrat en reprochant un manquement au consommateur, le contrat pouvant toutefois prévoir des modalités que le juge apprécie au regard du droit de la consommation. Le texte réserve expressément le cas de l'urgence, ce qui peut concerner une suspension de sécurité. Nous ne citons aucune décision de justice sur ce point.
Exposé des motifs, réclamation interne et règlement extrajudiciaire, ce que prévoit le règlement européen sur les services numériques
En bref. Quand un service qui héberge vos informations restreint votre accès ou supprime votre compte au motif d'un contenu illicite ou du non-respect de ses conditions générales, il doit vous exposer les motifs. S'il s'agit d'une plateforme en ligne non exclue, vous disposez en outre d'une réclamation interne gratuite puis d'un règlement extrajudiciaire.
Le règlement (UE) 2022/2065 du 19 octobre 2022, dit règlement sur les services numériques, s'applique aux services intermédiaires proposés aux destinataires du service (article 2, paragraphe 1). Il distingue notamment les services d'hébergement, qui consistent à stocker des informations fournies par un destinataire du service à sa demande, et les plateformes en ligne, qui sont des services d'hébergement stockant et diffusant au public ces informations à la demande d'un destinataire du service (article 3, points g et i). Savoir si le service qui a suspendu votre compte relève de l'une ou l'autre de ces catégories dépend de ce qu'il fait réellement, et c'est ce qui détermine les obligations décrites ci-dessous. Nous ne rangeons pas ici de service précis dans l'une ou l'autre catégorie.
Les conditions générales et l'exposé des motifs
Les fournisseurs incluent dans leurs conditions générales des renseignements sur les restrictions qu'ils imposent, et ils les appliquent de manière diligente, objective et proportionnée (article 14, paragraphes 1 et 4). Lorsqu'un fournisseur de services d'hébergement impose l'une des restrictions suivantes au motif que les informations sont un contenu illicite ou sont incompatibles avec ses conditions générales, il fournit au destinataire concerné un exposé des motifs clair et spécifique (article 17, paragraphe 1).
- une restriction de la visibilité d'informations, par exemple un retrait, un blocage de l'accès ou un déclassement ;
- une suspension ou une restriction des paiements monétaires ;
- une suspension ou une fin, totale ou partielle, de la fourniture du service ;
- une suspension ou une suppression du compte du destinataire.
Cet exposé comporte au minimum la nature de la décision, avec sa portée territoriale et sa durée le cas échéant, les faits et circonstances qui la fondent, l'indication d'un éventuel recours à des moyens automatisés, le fondement juridique si le contenu est présumé illicite ou la clause contractuelle invoquée si la décision repose sur les conditions générales, et les voies de recours, c'est-à-dire la réclamation interne, le règlement extrajudiciaire et le recours juridictionnel. Les informations doivent être claires et faciles à comprendre, aussi précises et détaillées que cela est raisonnablement possible, et permettre d'exercer effectivement ces recours (article 17, paragraphes 3 et 4). L'obligation ne joue pas lorsque les coordonnées électroniques pertinentes ne sont pas connues du fournisseur, ni pour un contenu commercial trompeur et de grande diffusion (article 17, paragraphe 2).
Ce texte ne vise donc que les décisions prises à cause d'un contenu illicite ou d'une incompatibilité avec les conditions générales. Une fermeture pour un autre motif, par exemple la fin de l'activité du service, n'entre pas dans le champ de l'article 17, ce qui ne l'empêche pas d'être examinée au regard du contrat et du Code de la consommation. De même, un service qui ne stocke pas d'informations fournies par ses utilisateurs à leur demande ne correspond pas, à notre lecture, à la définition du service d'hébergement.
S'agissant des suspensions pour usage abusif, les plateformes en ligne suspendent, pendant une période raisonnable et après avoir émis un avertissement préalable, la fourniture de leurs services aux destinataires qui fournissent fréquemment des contenus manifestement illicites, en appréciant la situation au cas par cas et en temps opportun (article 23, paragraphes 1 et 3).
La réclamation interne
La section du règlement qui prévoit la réclamation interne ne s'applique pas aux fournisseurs de plateformes en ligne qui peuvent être qualifiés de microentreprises ou de petites entreprises, sauf exceptions prévues par le texte (article 19). Pour les autres plateformes en ligne, un système interne de traitement des réclamations est accessible par voie électronique et gratuitement, pendant une période d'au moins six mois suivant la décision, notamment contre une suspension ou une fin du service et contre une suspension ou une suppression du compte (article 20, paragraphe 1). Cette période court à partir du jour où le destinataire est informé de la décision (article 20, paragraphe 2).
La plateforme traite les réclamations de manière non discriminatoire, diligente et non arbitraire, et ses décisions ne sont pas prises uniquement par des moyens automatisés. Lorsque la réclamation contient des motifs suffisants, elle infirme sa décision dans les meilleurs délais. Elle informe le plaignant de sa décision motivée dans les meilleurs délais, avec la possibilité de recourir au règlement extrajudiciaire et aux autres voies de recours (article 20, paragraphes 4 à 6).
Le règlement extrajudiciaire
Le destinataire a le droit de choisir tout organe de règlement extrajudiciaire des litiges qui a été certifié (article 21, paragraphe 1). Cet organe n'a pas le pouvoir d'imposer aux parties un règlement contraignant du litige (article 21, paragraphe 2). Les règles relatives aux frais et aux délais de traitement figurent dans ce même article, et nous vous invitons à les lire dans le texte lui-même avant de saisir un organe.
La plainte auprès de l'autorité et la réparation
Les destinataires du service ont le droit d'introduire une plainte à l'encontre de fournisseurs de services intermédiaires (article 53). Selon la page de l'Arcom consacrée à ce règlement, l'Arcom est le coordinateur pour les services numériques de la France, ce qui passe notamment par la réception et le traitement des plaintes, et elle peut transmettre au coordinateur d'un autre État membre une plainte visant un fournisseur établi dans cet État. Sur sa page d'alerte, l'Arcom indique qu'elle n'est pas le régulateur des contenus disponibles sur les réseaux sociaux. À notre lecture, il ne faut donc pas attendre de cette voie une décision individuelle de rétablissement de votre compte. Enfin, les destinataires du service ont le droit de demander réparation aux fournisseurs de services intermédiaires (article 54), dans les conditions que fixent le règlement et le droit applicable.
Service payant ou abonnement interrompu, continuité du service, résolution et remboursement
En bref. Pour un service fourni de manière continue, la loi prévoit qu'il est fourni sans interruption pendant la période du contrat. Si l'interruption est analysée comme un défaut de conformité, vous pouvez demander la remise en état de l'accès, puis une réduction du prix ou la résolution avec remboursement.
Le contenu numérique ou le service numérique doit être conforme au contrat et aux critères de l'article L224-25-14 (article L224-25-12). Lorsque le contrat prévoit une fourniture continue pendant une période donnée, le professionnel répond des défauts de conformité qui apparaissent au cours de cette période (article L224-25-12), et le service est conforme s'il est fourni sans interruption tout au long de cette période (article L224-25-14, I, 4°). Dans ce cas de fourniture continue, la charge de la preuve de la conformité pendant la période contractuelle incombe au professionnel (article L224-25-16, I).
Une suspension ou une clôture décidée par le professionnel pour un motif que le contrat n'autorise pas peut, à notre lecture, être invoquée comme une interruption du service au sens de l'article L224-25-14, I, 4°. À l'inverse, une suspension conforme au contrat et justifiée par un manquement du consommateur n'est pas nécessairement un défaut de conformité, et le professionnel soutiendra le plus souvent cette analyse. Aucune décision de justice n'est citée sur cette qualification, qui relève de l'appréciation du juge selon les faits.
Les remèdes prévus par la loi
- le consommateur a droit à la mise en conformité du service, sans frais, sans retard injustifié et sans inconvénient majeur pour lui, ou, à défaut, à la réduction du prix ou à la résolution du contrat (articles L224-25-17 et L224-25-18) ;
- il n'est pas tenu de payer pour l'utilisation qu'il a faite du service pendant la période, antérieure à la résolution du contrat, au cours de laquelle ce service n'était pas conforme (article L224-25-18, dernier alinéa) ;
- il peut aussi suspendre le paiement de tout ou partie du prix jusqu'à ce que le professionnel satisfasse à ses obligations, dans les conditions des articles 1219 et 1220 du Code civil (article L224-25-17) ;
- le professionnel peut refuser la mise en conformité si elle est impossible ou entraîne des coûts disproportionnés, et tout refus est motivé par écrit ou sur support durable. Lorsque ces conditions de refus ne sont pas réunies, le consommateur peut, après mise en demeure, poursuivre l'exécution forcée en nature selon les articles 1221 et suivants du Code civil (article L224-25-19) ;
- la réduction du prix ou la résolution est ouverte en cas de refus de mise en conformité, de retard injustifié, d'inconvénient majeur ou d'échec de la tentative de mise en conformité, ou si le défaut est si grave que la réduction ou la résolution doit être immédiate (article L224-25-20) ;
- la résolution ne peut pas être prononcée si le défaut de conformité est mineur, ce qu'il incombe au professionnel de démontrer, et cette règle ne s'applique pas aux contrats dans lesquels le consommateur ne paie pas de prix (article L224-25-20) ;
- la réduction du prix est proportionnelle à la différence entre la valeur du service fourni et sa valeur en l'absence de défaut (article L224-25-21) ;
- les sommes dues sont remboursées sans retard injustifié et au plus tard dans un délai de quatorze jours à compter du jour où le professionnel est informé par le consommateur de sa décision de faire valoir son droit à la réduction du prix ou à la résolution du contrat, avec le même moyen de paiement que celui utilisé à la conclusion du contrat, sauf accord exprès, et sans frais supplémentaire (article L224-25-23).
En cas de résolution, le professionnel rembourse le prix payé et, pour un service fourni pendant une période donnée, la portion proportionnelle du prix correspondant à la période durant laquelle le service n'était pas conforme, y compris si vous l'avez utilisé pendant cette période (article L224-25-22, III, 1° et 2°). Vous vous abstenez ensuite d'utiliser le service, et le professionnel peut empêcher toute utilisation ultérieure en le rendant inaccessible ou en désactivant votre compte (article L224-25-22, II et III).
Exemple, à titre d'illustration. Un abonnement annuel de 120 euros est payé le 1er janvier. Le compte est fermé le 1er juillet pour un motif que le contrat n'autorise pas, et le professionnel refuse de le rétablir. Si l'interruption est retenue comme un défaut de conformité et si vous obtenez la résolution, la portion proportionnelle du prix pour les six mois restants est de 60 euros (120 divisé par 12, multiplié par 6), à rembourser dans un délai de quatorze jours à compter du jour où le professionnel est informé de votre décision de faire valoir la résolution (article L224-25-23). Ce calcul est fictif et ne décrit la situation de personne.
Lorsque le professionnel met fin discrétionnairement au contrat, la clause qui lui permettrait de garder les sommes versées pour des prestations qu'il n'a pas réalisées est irréfragablement présumée abusive (article R212-1, 9°). Par ailleurs, la résolution met fin au contrat, et lorsque les prestations échangées ont trouvé leur utilité au fur et à mesure de l'exécution, il n'y a pas lieu à restitution pour la période antérieure à la dernière prestation n'ayant pas reçu sa contrepartie (article 1229 du Code civil). À notre lecture, la période antérieure déjà utilisée n'a donc en principe pas à être restituée, alors que la période payée d'avance et non fournie peut donner lieu à remboursement. Des dommages et intérêts peuvent s'y ajouter si l'inexécution cause un préjudice (article 1231-1 du Code civil), les remèdes de la section sur les contenus et services numériques étant sans préjudice de l'allocation de dommages et intérêts (article L224-25-17).
Si vous souhaitez au contraire quitter le service de vous-même, le préavis de résiliation par un consommateur d'un contrat de fourniture de services numériques ne peut pas excéder dix jours à compter de la réception de la demande, en l'absence ou au-delà d'une durée minimum d'exécution imposée par le contrat (article L224-25-9). Notre article sur la résiliation d'un abonnement en ligne détaille les modalités. Les mises à jour et les biens comportant des éléments numériques sont traités dans notre article sur la garantie légale et les mises à jour.
Récupérer vos données et vos contenus avant ou après la suppression du compte
En bref. Le droit d'accès et le droit à la portabilité du règlement général sur la protection des données s'exercent auprès de la plateforme, qui doit répondre dans un délai d'un mois, prolongeable. La récupération des contenus prévue par le Code de la consommation joue en cas de résolution du contrat.
Le responsable du traitement répond à une demande d'exercice des droits dans un délai d'un mois à compter de la réception de la demande, ce délai pouvant être allongé selon la complexité et le nombre des demandes, la personne étant alors informée de la prolongation et de ses motifs dans le mois suivant la demande (article 12, paragraphe 3, du règlement (UE) 2016/679). Vous avez le droit d'obtenir la confirmation que vos données sont traitées, l'accès à celles-ci et une copie des données faisant l'objet du traitement (article 15, paragraphes 1 et 3). Vous avez aussi le droit de recevoir les données vous concernant que vous avez fournies dans un format structuré, couramment utilisé et lisible par machine, lorsque le traitement repose sur le consentement ou sur un contrat et qu'il est effectué à l'aide de procédés automatisés, et de les faire transmettre directement d'un responsable du traitement à un autre lorsque c'est techniquement possible (article 20, paragraphes 1 et 2). Toute personne concernée peut introduire une réclamation auprès d'une autorité de contrôle, en particulier dans l'État membre de sa résidence habituelle (article 77, paragraphe 1). En France, le site de la CNIL comporte une rubrique de plaintes en ligne, organisée par thèmes. Notre article sur la violation de données personnelles présente les recours voisins.
Le Code de la consommation prévoit, en cas de résolution du contrat de fourniture de contenus ou de services numériques, que le professionnel met à disposition du consommateur, sans frais et dans un délai raisonnable, dans un format couramment utilisé et lisible par machine, tout contenu autre que les données à caractère personnel qu'il a fourni ou créé en utilisant le service (article L224-25-22, III, 3°). Cette obligation, comme celle de ne pas réutiliser ce contenu, ne s'applique pas lorsque le contenu n'est d'aucune utilité en dehors du contexte de son utilisation, ou n'a trait qu'à l'activité du consommateur, ou a été agrégé à d'autres données de façon difficilement réversible (article L224-25-22). Même lorsque le professionnel désactive votre compte après la résolution, ce droit à la récupération du contenu et à la consultation des factures est préservé (article L224-25-22). Ces règles ne couvrent pas toutes les fermetures de compte, car elles se rattachent à la résolution prévue par cette section.
Dans la pratique, une suppression peut être définitive. Demandez donc vos données le plus tôt possible, dès la notification de la suspension, par écrit et en conservant la preuve de votre demande.
Les démarches à suivre, dans l'ordre
En bref. Conservez les preuves, demandez les motifs et vos données, utilisez la réclamation interne si elle existe, adressez une réclamation écrite ou une mise en demeure, puis saisissez un médiateur avant d'envisager le juge.
- Conservez les preuves. Gardez la notification de suspension avec sa date, les captures d'écran des messages d'erreur, les conditions générales applicables à la date de la décision, les factures et justificatifs de paiement, et l'historique de vos échanges avec le service. Notre article sur les preuves d'un litige de consommation détaille cette étape.
- Demandez les motifs et vos données. Écrivez au service pour obtenir l'exposé des motifs, la clause invoquée et une copie ou un export de vos données (articles 15 et 20 du règlement (UE) 2016/679).
- Utilisez la réclamation interne. Si le service est une plateforme en ligne non exclue, déposez la réclamation interne dans la période d'au moins six mois qui suit l'information sur la décision (article 20 du règlement (UE) 2022/2065).
- Adressez une réclamation écrite ou une mise en demeure. Indiquez la date de la suspension, le service concerné, le motif invoqué, ce que vous contestez, ce que vous demandez (rétablissement du compte, remboursement de la période non fournie, export des données, résolution du contrat) et un délai de réponse. Pour poursuivre l'exécution forcée en nature d'une obligation, l'article 1221 du Code civil exige une mise en demeure préalable, et l'article L224-25-19 du Code de la consommation y renvoie pour la mise en conformité d'un service numérique, sauf si le professionnel peut la refuser parce qu'elle est impossible ou entraîne des coûts disproportionnés. Voyez notre article sur la mise en demeure par lettre recommandée. Une réclamation écrite préalable est exigée avant de saisir un médiateur de la consommation (article L612-2, 1°), selon les modalités prévues au contrat.
- Saisissez un médiateur. Tout consommateur a le droit de recourir gratuitement à un médiateur de la consommation (article L612-1), le professionnel devant vous communiquer ses coordonnées, y compris lorsque le litige n'a pas pu être réglé après votre réclamation (article L616-1). Le médiateur ne peut être saisi plus d'un an après la réclamation écrite et vous informe du rejet éventuel de votre demande dans un délai de trois semaines à compter de la réception du dossier (article L612-2). Pour un service d'hébergement, l'organe de règlement extrajudiciaire de l'article 21 du règlement (UE) 2022/2065 est une voie distincte. Notre article sur la médiation de la consommation présente la procédure.
- Signalez si nécessaire. Le signalement à la DGCCRF sur SignalConso ne vaut pas remboursement individuel, mais il permet un contrôle (voir notre article sur SignalConso). Une plainte peut aussi être adressée au coordinateur pour les services numériques (article 53 du règlement (UE) 2022/2065) ou à la CNIL pour vos données. Une association de consommateurs agréée peut exercer les droits reconnus à la partie civile pour des faits portant un préjudice direct ou indirect à l'intérêt collectif des consommateurs (article L621-1), demander à la juridiction civile d'ordonner toute mesure destinée à faire cesser des agissements illicites ou à supprimer une clause illicite dans le contrat proposé aux consommateurs (article L621-2) et agir devant la juridiction civile pour faire cesser ou interdire tout agissement illicite portant atteinte à l'intérêt collectif des consommateurs (article L621-7). Cette voie vise l'intérêt collectif et n'aboutit pas à une décision sur votre compte personnel. Si le fournisseur est établi dans un autre pays de l'Union européenne, le Centre européen des consommateurs France (cec-zev.eu) propose une information et une aide gratuites en vue d'une solution amiable.
- Saisissez le juge en dernier recours. La demande en justice qui tend au paiement d'une somme n'excédant pas 5 000 euros est précédée, au choix des parties, d'une tentative de conciliation menée par un conciliateur de justice, d'une tentative de médiation ou d'une tentative de procédure participative, à peine d'irrecevabilité que le juge peut prononcer d'office. Le texte prévoit des dispenses, notamment lorsque l'absence de tentative amiable est justifiée par un motif légitime tenant à l'urgence manifeste (article 750-1 du Code de procédure civile). Une demande de rétablissement de compte n'est pas, à notre lecture, une demande en paiement, et le texte vise aussi d'autres actions qu'il énumère, de sorte que son application à votre dossier doit être vérifiée. En cas d'urgence, le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection, dans les limites de sa compétence, peut ordonner en référé les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend (article 834 du même code), et prescrire, même en présence d'une contestation sérieuse, les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent pour prévenir un dommage imminent ou faire cesser un trouble manifestement illicite (article 835). Voyez nos articles sur la conciliation obligatoire et sur la procédure des petits litiges.
Tant que le service est indisponible, évitez d'interrompre un paiement sans avoir écrit au professionnel, afin de ne pas ajouter un litige sur un impayé. La suspension du paiement est prévue par les articles 1219 et 1220 du Code civil et par l'article L224-25-17 dans les conditions qu'ils fixent, et elle doit être notifiée dans les meilleurs délais (article 1220).
Les délais à connaître
| Démarche | Délai | Texte |
|---|---|---|
| Réclamation interne auprès d'une plateforme en ligne | Au moins six mois suivant la décision, à compter de l'information du destinataire | Règlement (UE) 2022/2065, article 20 |
| Réponse à une demande d'accès ou de portabilité | Un mois, prolongeable selon la complexité | Règlement (UE) 2016/679, article 12 |
| Remboursement après réduction du prix ou résolution | Quatorze jours à compter du jour où le professionnel est informé | Code de la consommation, article L224-25-23 |
| Saisine du médiateur de la consommation | Dans l'année suivant la réclamation écrite | Code de la consommation, article L612-2 |
| Action en justice | Cinq ans à compter du jour où l'on a connu ou aurait dû connaître les faits | Code civil, article 2224 |
Pour un défaut de conformité, la garantie légale porte sur les défauts qui apparaissent pendant la période de fourniture continue (article L224-25-12), sans préjudice des articles 2224 et suivants du Code civil, le point de départ de la prescription étant le jour de la connaissance du défaut de conformité (article L224-25-12).
Attention aux faux messages annonçant la suspension d'un compte
Un message inattendu qui annonce la suspension imminente d'un compte et vous demande de cliquer ou de saisir vos identifiants peut être une tentative d'hameçonnage. Avant d'agir, ne cliquez pas sur le lien, ouvrez le service en saisissant vous-même son adresse ou en passant par son application habituelle, et vérifiez l'état de votre compte à cet endroit. Notre article sur l'hameçonnage par SMS, courriel ou appel explique quoi faire si vous avez déjà cliqué ou transmis vos coordonnées.
Jurisprudence
Aucune décision de justice n'est citée dans cet article. La qualification d'une suspension de compte au regard de la garantie de conformité, l'appréciation du caractère abusif d'une clause de suspension et le rôle de l'urgence dans une rupture du contrat relèvent de l'appréciation du juge selon les faits de chaque dossier.
Ce que cet article ne couvre pas
Cet article présente les règles générales à la date du 18 octobre 2026, à partir du Code de la consommation, du Code civil, du Code de procédure civile, du règlement (UE) 2022/2065, du règlement (UE) 2016/679 et des pages de l'Arcom et de la CNIL citées. Il ne traite ni du compte d'un vendeur professionnel sur une place de marché, ni des comptes de services financiers, de jeux d'argent ou de communications électroniques exclus de la section sur les contenus et services numériques, ni du contenu publié qui a motivé la décision. Lorsque le fournisseur est établi hors de l'Union européenne, la loi applicable et le tribunal compétent peuvent poser des difficultés propres à chaque dossier, que cet article ne tranche pas. Les conditions du service de votre contrat et les faits propres à votre dossier peuvent modifier l'analyse. Cet article est rédigé avec l'assistance d'une intelligence artificielle, à partir des textes cités. L'illustration qui l'accompagne est générée par intelligence artificielle.
Questions fréquentes
Voir aussi
Rédaction assistée par intelligence artificielle sous supervision éditoriale.